Ethnologie
Le cheveu dans tous ses états
Si dans nos sociétés occidentales, le « critère esthétique » défini par la ou les modes est devenu le seul capable de rendre compte de l'importance de la coiffure, il masque en réalité une longue histoire au cours de laquelle l’art « d’accommoder » les cheveux a témoigné d’un vaste système de correspondances symboliques.
Cheveux et liberté
Dans la tradition celtique, le port des cheveux longs indiquait la qualité aristocratique et royale, les serviteurs portaient eux les cheveux courts. La Gaule Chevelue « Gallia Comata » a symbolisé la liberté et l’indépendance des Gaulois. La tonsure quant-à elle caractérise ceux qui ont voué leur vie à Dieu, abandonnant leur chevelure. De la même manière le port d'un voile ou d'un couvre-chef témoigne de la soumission à Dieu. Mais la chevelure défaite, éparse qui accompagne le deuil ou Marie Madeleine au pied de la croix du Christ recouvre la même idée.
Les cheveux et la force
Dans toutes les sociétés traditionnelles, le cheveu symbolise la force de l’individu. Une force de vie qui lui est transmise avant sa naissance (l’enfant naît avec des cheveux) et qui survit à sa mort biologique (car cheveux comme ongles continuent de pousser après la mort). Il s'agit bien d’un réservoir de force vitale, symbole qui prend toute sa dimension dans le mythe biblique de Samson.
S'il est associé à la puissance de la vie, le cheveu se trouve aussi lié à la fécondité et à la sexualité. Associé à la végétation, à la sève « leur croissance est à l’image de celle de la plante nourricière, d’où son importance et le soin que tous les peuples dits "primitifs" accordent au cheveu ». (Dict. des symboles)
Arborescence, floraison: oui les cheveux sont tout cela.
Epanouissement de la sève, ils sont la fleur de la sexualité. En parlant des cheveux des femmes, l’apôtre Paul évoque le trouble qu'ils peuvent faire naître chez les anges... « les cheveux de la femme sont la gloire de l’homme dit-il tandis que les cheveux de l’homme sont la gloire de Dieu ». Aussi recommande-t-il à l’homme de se découvrir la tête dans la prière, à la femme de rester voilée (A. de Souzenelle: le symbolisme du corps humain).
Les cheveux et l'âme
Situés sur le sommet du crâne, les cheveux sont considérés dans le nombre de sociétés traditionnelles comme le siège de l’âme, ou d'une des âmes.
Ce qui explique les soins liés à la fontanelle à la naissance et à la première coupe des cheveux. Une fois la fontanelle refermée, l’enfant ne risque plus de voir son âme s’envoler. L’enfant devient une personne à part entière et nombre de sociétés choisissent le moment de la première coupe de cheveu pour lui attribuer un nom. L’enfant devient ainsi une personne distincte de sa mère détenant sa propre force vitale alors que celle-ce lui était transmise jusqu’alors par sa mère et en particulier ce qui la reliait encore à elle, les cheveux de la naissance.
Conserver précieusement la première mèche de cheveux coupée revient à garder un peu de cette force vitale première.
Les valeurs hautement symboliques attribuées au cheveu à travers le monde et l’histoire ont profondément imprégné les techniques de coiffage et coiffer quelqu’un n’est en rien un acte banal. « Peigner les cheveux de quelqu’un est une marque d’attention, de bon accueil, de même que les épouiller pour de nombreux peuple... Se laisser peigner par quelqu’un est un signe d’amour, de confiance, d’intimité.. Peigner longuement quelqu’un c’est le bercer, l’endormir, le caresser, d’où les peignes magiques des contes de nombreux pays. (Dict. des symboles)
Quoiqu’il en soit, partout la coiffure fait sens et même lorsqu’on la réduit uniquement à un critère esthétique, elle continue malgré tout à véhiculer un discours sur soi et sur sa culture introduisant des catégories sociales, sexuelles, ethniques, religieuses... (les jeunes et les vieux, les sportifs et les sophistiqués, les « classiques » et les « marginaux », les laïcs et les religieux...). Mais elle permet aussi de saisir les rencontres entre cultures, les métissages (défrisage pour les Noirs, tressage à l’africaine pour les Blancs...) qui sont autant de moyen de s'affirmer.
Toutes ces identifications perceptibles dans la coiffure nous entraînent bien au delà de la simple apparence et du critère éminemment subjectif du beau. Chaque coiffure est bien plus qu’une mode, elle est un élément de sens pour comprendre une culture.
Isabelle BIANQUIS,
ethnologue à l'Université de Strasbourg.
Si dans nos sociétés occidentales, le « critère esthétique » défini par la ou les modes est devenu le seul capable de rendre compte de l'importance de la coiffure, il masque en réalité une longue histoire au cours de laquelle l’art « d’accommoder » les cheveux a témoigné d’un vaste système de correspondances symboliques.
Cheveux et liberté
Dans la tradition celtique, le port des cheveux longs indiquait la qualité aristocratique et royale, les serviteurs portaient eux les cheveux courts. La Gaule Chevelue « Gallia Comata » a symbolisé la liberté et l’indépendance des Gaulois. La tonsure quant-à elle caractérise ceux qui ont voué leur vie à Dieu, abandonnant leur chevelure. De la même manière le port d'un voile ou d'un couvre-chef témoigne de la soumission à Dieu. Mais la chevelure défaite, éparse qui accompagne le deuil ou Marie Madeleine au pied de la croix du Christ recouvre la même idée.
Les cheveux et la force
Dans toutes les sociétés traditionnelles, le cheveu symbolise la force de l’individu. Une force de vie qui lui est transmise avant sa naissance (l’enfant naît avec des cheveux) et qui survit à sa mort biologique (car cheveux comme ongles continuent de pousser après la mort). Il s'agit bien d’un réservoir de force vitale, symbole qui prend toute sa dimension dans le mythe biblique de Samson.
S'il est associé à la puissance de la vie, le cheveu se trouve aussi lié à la fécondité et à la sexualité. Associé à la végétation, à la sève « leur croissance est à l’image de celle de la plante nourricière, d’où son importance et le soin que tous les peuples dits "primitifs" accordent au cheveu ». (Dict. des symboles)
Arborescence, floraison: oui les cheveux sont tout cela.
Epanouissement de la sève, ils sont la fleur de la sexualité. En parlant des cheveux des femmes, l’apôtre Paul évoque le trouble qu'ils peuvent faire naître chez les anges... « les cheveux de la femme sont la gloire de l’homme dit-il tandis que les cheveux de l’homme sont la gloire de Dieu ». Aussi recommande-t-il à l’homme de se découvrir la tête dans la prière, à la femme de rester voilée (A. de Souzenelle: le symbolisme du corps humain).
Les cheveux et l'âme
Situés sur le sommet du crâne, les cheveux sont considérés dans le nombre de sociétés traditionnelles comme le siège de l’âme, ou d'une des âmes.
Ce qui explique les soins liés à la fontanelle à la naissance et à la première coupe des cheveux. Une fois la fontanelle refermée, l’enfant ne risque plus de voir son âme s’envoler. L’enfant devient une personne à part entière et nombre de sociétés choisissent le moment de la première coupe de cheveu pour lui attribuer un nom. L’enfant devient ainsi une personne distincte de sa mère détenant sa propre force vitale alors que celle-ce lui était transmise jusqu’alors par sa mère et en particulier ce qui la reliait encore à elle, les cheveux de la naissance.
Conserver précieusement la première mèche de cheveux coupée revient à garder un peu de cette force vitale première.
Les valeurs hautement symboliques attribuées au cheveu à travers le monde et l’histoire ont profondément imprégné les techniques de coiffage et coiffer quelqu’un n’est en rien un acte banal. « Peigner les cheveux de quelqu’un est une marque d’attention, de bon accueil, de même que les épouiller pour de nombreux peuple... Se laisser peigner par quelqu’un est un signe d’amour, de confiance, d’intimité.. Peigner longuement quelqu’un c’est le bercer, l’endormir, le caresser, d’où les peignes magiques des contes de nombreux pays. (Dict. des symboles)
Quoiqu’il en soit, partout la coiffure fait sens et même lorsqu’on la réduit uniquement à un critère esthétique, elle continue malgré tout à véhiculer un discours sur soi et sur sa culture introduisant des catégories sociales, sexuelles, ethniques, religieuses... (les jeunes et les vieux, les sportifs et les sophistiqués, les « classiques » et les « marginaux », les laïcs et les religieux...). Mais elle permet aussi de saisir les rencontres entre cultures, les métissages (défrisage pour les Noirs, tressage à l’africaine pour les Blancs...) qui sont autant de moyen de s'affirmer.
Toutes ces identifications perceptibles dans la coiffure nous entraînent bien au delà de la simple apparence et du critère éminemment subjectif du beau. Chaque coiffure est bien plus qu’une mode, elle est un élément de sens pour comprendre une culture.
Isabelle BIANQUIS,
ethnologue à l'Université de Strasbourg.






